Ne plus jeter et ne rien exclure
Régénérative #2 : La Ferme du Rail
Bonjour,
La semaine dernière, j’ai rendu hommage à Pocheco, une PME industrielle née en 1928 qui a passé trente ans à se transformer en pionnière régénérative, avant de tomber faute de repreneur.
Cette semaine, je veux te raconter l’inverse exact. Une entreprise qui n’a jamais eu à se transformer, parce qu’elle est née régénérative. Une entreprise de cinq ans à peine, qui pousse au cœur de Paris, sur les rails d’une ancienne voie ferrée.
Et derrière cette histoire, une question que je me pose depuis que j’ai commencé d’écrire Régénératives : Faut il forcément partir d’un existant à corriger pour devenir régénératif ?
Ou peut on créer une entreprise régénérative en partant d’une feuille blanche ?
La réponse est dans le 19ème arrondissement.
L’entreprise en bref
La Ferme du Rail est née en 2020, après cinq années de travaux, sur une ancienne casse automobile au sol pollué de la rue de l’Ourcq.
Elle occupe 1 300 m² de terrain, dont 1 800 m² plantés en polyculture, avec une serre, un poulailler, un système d’aquaponie, une champignonnière. Deux bâtiments en bois et paille, conçus par le collectif d’architectes Grand Huit, abritent quinze places d’hébergement pour personnes en réinsertion et cinq logements étudiants (École du Breuil, EIVP, École d’architecture de Paris).
Au cœur du site, un restaurant : Le Passage à Niveau, ouvert du mardi au dimanche, qui cuisine ce que la ferme produit.
Maître d’ouvrage : Réhabail, coopérative sociale fondée en 1993. Partenaires opérationnels : Travail & Vie et Bail pour Tous. Lauréate du premier concours Réinventer Paris en 2015.
Pourquoi régénérative ?
Le livre blanc HEC place La Ferme du Rail comme exemple leader de l’archétype Regenerative Site. Un lieu immersif qui démontre la régénération en pratique.
En la passant à la grille des sept attributs HEC, plusieurs cases sont cochées :
L’ancrage local (attribut 4) : puisque le projet est né d’une AMAP, Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne, de quartier et travaille avec les habitants du 19ème.
L’élévation du potentiel humain (attribut 3) : par l’insertion et la formation.
La relation à l’écosystème (attribut 2) : avec la valorisation de 20 tonnes de bio-déchets compostés en deux ans.
Le design organisationnel (attribut 6) : via une coopérative sociale qui aligne gouvernance et mission.
L’impact net positif (attribut 7) : mesurable en tonnes de légumes produits et en personnes hébergées.
Deux nuances à prendre en compte cependant :
La production reste symbolique (avec quand même 4 tonnes de légumes en deux ans).
Le modèle dépend de subventions publiques, de défiscalisation, de mécénat. Sans cet écosystème, la Ferme ne tient pas. Sa résilience économique pure reste encore à prouver.
Le déclic et la leçon
En 2014, Anne Hidalgo lance Réinventer Paris, appel à projets urbains innovants. Clara Simay, architecte au sein du collectif Grand Huit, est membre d’une AMAP du 19ème arrondissement. Elle voit l’appel, elle se dit pourquoi pas. Elle rassemble des habitants de la rue de l’Ourcq, des associations locales, des chercheurs.
Le terrain proposé est ingrat. Une ancienne casse automobile, avec des sols pollués, enclavée derrière un talus de la Petite Ceinture. Personne n’en veut et c’est précisément pour ça qu’ils le veulent.
Clara et Philippe Simay résumeront leur démarche dans un livre publié chez Actes Sud en 2022, par une phrase qui dit tout en six mots : “Ne plus jeter et ne rien exclure.”
Réemployer les matériaux et accueillir des personnes en insertion, pour eux, c’est le même geste éthique. Ne pas trier ce qui mérite d’exister.
Cinq ans plus tard, la ferme sort de terre. Elle n’a remplacé aucune entreprise. Elle n’a corrigé aucun modèle existant. Elle a été conçue, dès la première ligne du dossier, comme un système régénératif intégré.
La leçon que l’on peut en tirer en lisant l’histoire de Clara Simay : La régénération n’est pas toujours un acte de réparation, elle peut être un acte de naissance.
Si tu portes un projet d’entreprise et que tu hésites entre faire moins de mal et créer du vivant, la Ferme du Rail te dit que le second chemin existe. Il a pris cinq ans et demandé des coalitions comme accepter des terrains que personne ne voulait, mais il est possible.
Ma note
J’ai passé dix années dans le sud de Paris, et je n’ai jamais eu l’occasion de me rendre à la Ferme du Rail. Je trouve qu’il correspond parfaitement à l’esprit régénératif : des logements étudiants, sociaux, des potagers, un restaurant avec ce qui est produit sur place.
Et surtout un vrai lieu de rencontre pour les habitants du quartier.
Quelle belle surprise de retrouver également l’aquaponie, étant donné que nous avons basé notre société actuelle sur cette technique innovante qui va réunir de plus en plus d’adeptes au fil des années.
C’est donc la deuxième entreprise que je peux désormais ajouter dans mon Pokédex Régénératives. Est-ce que tu connaissais ce lieu ?
À mercredi prochain, Alexandre
Pour aller plus loin
📖 Le livre de Clara et Philippe Simay, La Ferme du Rail, l’aventure de la première ferme urbaine à Paris (Actes Sud, mars 2022, 208 pages).
📄 Le livre blanc HEC The Regenerative Shift, qui détaille l’archétype Regenerative Site pages 22 à 23, téléchargeable gratuitement sur le site HEC.
📍 2 bis rue de l’Ourcq - Paris 19ème (Métro Ourcq)
Restaurant ouvert du mardi au dimanche.
À propos de a river in the garden
J’ai cofondé a river in the garden. Comme les entreprises présentées dans cette newsletter, nous sommes une entreprise régénérative en chemin.
Nous installons des rivières régénératives pour réconcilier l’entreprise et le Vivant.
Pour intégrer une rivière au cœur de tes locaux, c’est par ici
Pour porter nos rivières en tant que consultant QVCT, c’est par là



